Antoine Watteau

" Pélerinage à l'île de Cythère "

embarquement pour Cythere

En 1717, Louis XIV est mort depuis deux ans, son arrière petit-fils, Louis XV n'a que sept ans. Son grand oncle Philippe d'Orléans exerce la régence jusqu'à sa mort en 1723. Aussi cette période est-elle appelée la Régence.Après la tristesse, la morosité, la bigoterie, les difficultés de la fin du règne de Louis XIV la société aisée aspire à plus de liberté, aux plaisirs et aux fêtes. Le Régent lui même donne l’exemple en abandonnant Versailles pour s’installer au Palais Royal au coeur de Paris où il mène ouvertement une vie dissolue de libertin. À côté de l’art de cour et d'apparat se développe un art de société, plus intime.

Cette huile sur toile ( 129 x 194 cm) conservée au Louvre est le "morceau de réception" présenté par Watteau à l'Académie de peinture et de sculpture

Le sujet n'est ni mythologique, ni historique, aussi l'Académie crée un genre nouveau pour le recevoir celui des "fêtes galantes". Peinture mi- réaliste mi-allégorique. Dans une nature mélancolique, parcs ou jardins, d'élégants personnages, désoeuvrés, tiennent d'inaudibles conciliabules amoureux.

Ici le paysage est vaste avec cette profonde trouée sur une rivière, un lac ou la mer. Paysage imaginaire, qui se présente en grands plans comme un décor de théâtre.

L'illusion de la profondeur est donnée par les techniques de la perspective :
D'abord par la diminution de la taille des personnages ou des végétaux en raison de leur distance au spectateur. C'est une perspective géométrique. Elle est aussi suggérée par les formes de moins en moins précises et les couleurs de plus en plus pales avec l'éloignement. À l'horizon la terre et le ciel se confondent. C'est la perspective atmosphérique.

Les personnages sont vêtus avec recherche de costumes qui semblent là aussi des vêtements de théâtre.

Ces personnages sont élégants, délicats (les hommes ont des traits aussi délicats que les femmes) , maniérés. À droite, un arc et des flèches sont accrochés au socle de la statue d'Aphrodite, ce sont les attributs d'Éros, le dieu de l'amour.

Les personnages vont par couple. Ils conversent et les hommes doivent tenir à leur compagne des propos amoureux. L'ensemble des personnages semble évoluer lentement de la droite vers la gauche. A droite les couples encore assis près de la statue se relèvent, alors que ceux du centre et de la gauche se dirigent déjà lentement, en devisant, vers le bateau à l'extrême gauche. Ils réembarquent, c'est la fin du pélerinage... L'amour est bien le thème de ce tableau... les petits amours volettent dans le ciel au dessus du bateau.

la composition



À l'intérieur d'une vaste forme enveloppante...



... les tracés sinueux dominent, courbes et contre-courbes, contribuant à la douceur de la scène. Les personnages eux-mêmes s’inclinent l’un vers l’autre de manière contrastée. Seuls les troncs d'arbre et la statue d'Aphrodite établissent la verticalité.


Les personnages s’éloignant, prolongés par des êtres irréels, deux nautoniers nus et des cupidons qui s’élèvent et s’évanouissent en fumée dans le vaste ciel forment aussi comme une bande ondulante



Les diagonales organisent l'espace :

celle qui part du coin supérieur droit dirige l'inclinaison des branches de l'arbre de droite puis passe par les têtes et le bras gauche du personnage du centre, enfin elle détermine l'alignement de plusieurs personnages de gauche.





L'autre diagonale organise l'alignement des personnages de droite dont le lent relèvement semble indiquer la vaste ouverture du ciel vers la gauche.





 

Une large bande, regroupant le ciel, la mer et la butte du premier plan, prend en écharpe tout le tableau. C'est l'axe principal du tableau.

Elle est délimitée par deux grandes obliques parallèles. L'une part du haut de la médiane verticale pour rejoindre l'angle en bas à droite du tableau






La médiane horizontale du tableau: tous les personnages réels sont en dessous. Au dessus, dans la moitié supérieure de la toile se détachent le buste d'Aphrodite et quatre des petits amours... tous sont des personnages irréels, divins.





La médiane verticale coupe en deux l'homme en rouge et noir, elle suit sa colonne vertébrale... A droite c'est la forêt dense, touffue et sombre, à gauche c'est l'échappée vers les profondeurs de la "mer" et du ciel où s'élève en tourbillonnant un essaim de petits amours...



c'est le départ, la fin d'un rêve...

Watteau

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