Nicolas poussin. Le jugement de Salomon

ou comment faire une bande dessinée avec une seule vignette ...

Poussin jugement de Salomon

Huile sur toile 101 x 150 cm conservé au Musée du Louvre


Poussin, selon Bellori, considérait ce tableau comme son meilleur.
Il a été peint en 1649 et a été acquis par Louis XIV en 1685.


Salomon, roi d'Israël vers 950 avant J.C., la tradition insiste sur sa sagesse.

l'histoire du jugement :
Deux femmes sont venues demander justice. Elles ont chacune un enfant du même âge, mais l'un est mort accidentellement étouffé pendant son sommeil.
Chacune affirme que l'enfant vivant est le sien.

"Elles se disputaient ainsi devant le roi qui prononça :
" Apportez-moi une épée", ordonna le roi ; et on apporta l'épée devant le roi, qui dit : "Partagez l'enfant vivant en deux et donnez la moitié à l'une et la moitié à l'autre."
Alors la femme dont le fils était vivant s'adressa au roi, car sa pitié s'était enflammée pour son fils, et elle dit : "S'il te plaît, Monseigneur ! Qu'on lui donne l'enfant vivant, qu'on ne le tue pas !" mais celle-là disait : "Il ne sera ni à moi ni à toi, partagez !" Alors le roi prit la parole et dit : "Donnez l'enfant vivant à la première, ne le tuez pas.
C'est elle la mère." (le Livre des Rois chapitre 3) (le Livre des Rois chapitre 3)


Salomon
Salomon a un visage de jeune homme, il occupe presque le centre du tableau et sur un haut piédestal, il domine la scène.
Les deux colonnes qui l'encadrent et les lignes de fuite du pavement accentuent cette centralité.


centralite



Le front du jeune roi est le sommet d'un triangle qu'amorce ses deux bras écartés. C'est le triangle de la tragédie qui se noue.
Cette symétrie remarquable n'est pas sans évoquer les plateaux de la balance, symbole habituel de la justice.

triangle
les têtes des personnages sont sur la section dorée supérieure (en pointillé)



Comme souvent avec Poussin plusieurs moments du récit sont représentés simultanément.<


jugement de salomon
Salomon vient de prononcer son premier jugement, l'index de sa main droite désigne le soldat :
"Partagez l'enfant vivant en deux et donnez la moitié à l'une et la moitié à l'autre"

 

 
Le soldat, dont la tête dépasse celle des autres personnages, solidement campé, saisit l'enfant par un pied,
cette position renversée renforce l'effet dramatique, il dégaine son épée et commence la rotation de son arme qui lui permettra de frapper.


            
la femme de droite dit : "Il ne sera ni à moi ni à toi, partagez !" C'est ici le mouvement le plus rapide et violent : la main pointée au bout de son bras est comme une autre arme dirigée contre l'enfant. Cette projection de la femme en avant est renforcée par son décalage vers la gauche par rapport aux axes de la composition.

 

Remarquez aussi le parallelisme entre l' inclinaison de cette femme agressive et l'inclinaison de l'épée.



l'émotion saisit l'assistance, les deux personnages aux extrémités du tableau, épouvantés, se détournent de la scène...

poussin femme protectrice            deesse protectrice
En écartant ses bras dans un geste protecteur, la vraie mère implore "S'il te plaît, Monseigneur ! Qu'on lui donne l'enfant vivant, qu'on ne le tue pas !"
Ce geste ample qui enveloppe l'enfant l'isole de l'épée noire. Cela m'évoque les ailes déployées des déesses protectrices de l'Égypte antique.

femme Isis

Remarquer l'expression des mains : la gauche aux doigts largement écartés pour arrêter le bourreau : "qu'on ne le tue pas ! "
en revanche la droite aux doigts plus rapprochés désigne l'autre mère : "Qu'on lui donne l'enfant vivant"


Poussin Salomon

Par le geste de la main gauche, Salomon arrête son ordre précédent : Alors le roi prit la parole et dit : "Donnez l'enfant vivant à la première, ne le tuez pas. C'est elle la mère."
Le personnage en manteau orange (un conseiller ?) semble louer la décision.

Analyse de la palette

Tonalité générale chaude : ocres et jaunes dominent

Le ROUGE orangé le plus franc est celui du manteau de Salomon. Ce rouge est repris, cassé dans la cape du soldat de gauche puis  le manteau du bouclier appuyé sur le trône et la robe de la mère de droite. Le fond derrière Salomon est de cette même tonalité très assombrie. Les colonnes gris bleuté forment une beau contraste, vivifiant le manteau de Salomon.

Un BLEU outremer (lapis lazuli)  particulièrement saturé dans le manteau de la femme qui se se détourne à droite. Un petit rappel assombri à gauche du trône. Bleu qui appelle celui plus lumineux de la femme de gauche puis repris dans une gamme plus retenue dans la tunique du soldat de gauche et d’un personnage à droite

VERT. Les teintes vertes très sombres sont réservées aux personnages « négatifs », le soldat insensible qui tire son épée et la mère accusatrice de droite. La carnation verdâtre de l’enfant mort et dans un moindre mesure celle de la mère agressive.

JAUNES et OCRES. Des tonalités ocre des murs et du carrelage se détachent des jaunes, très lumineux pour la mère protectrice, et plus saturé pour la tunique du personnage de droite. Cette saturation s’accentuant pour donner l’or du trône et de la base des colonnes, pour finir en ocre brun sur les marbres des murs et du dallage.

La lumière est latérale venant de l’avant gauche. Le dos de la femme implorante est le plus vivement éclairé ainsi que la chemise de Salomon et le turban de la femme à l’extrême droite.

poussin lumiere





retour sommaire
fiche généralités pour étude de tableau
fiche étude d'un tableau de Rubens
l'art au XVII° siècle
l'art en France au XVIII° siècle
retour vers page d'accueil